Tel un enfant de la nouvelle Vague perdu dans une fin de siècle clinquante et cynique, Katerine poursuit son chemin en marge de tout et de rien, poussé par la seule nécessité de (sur)vivre et d'écrire. Ses chansons, décalées, grinçantes, effrayantes de lucidité; sont de celles qui vous poursuivent longtemps , parce que peuplées sans doute de ces démons intimes qui hantent chacun de nous. Témoin, la parade savamment orchestrée de " Créatures " qu'il nous livre en pâtures ces jours-ci, accouplée à un second opus, totalement intimiste, intitulé " L'homme a trois main ". De nébuleuse en nébuleuse, Buzz a fini par approcher la planète Katerine. Et là...

Double album ?

En fait, j'ai commencé par " L'homme a trois mains ", quand j'ai composé ces morceaux un peu spéciaux qu'il m'intéressait d'enregistrer en solo, et je l'ai complété par " Les créatures ", que j'ai voulu explorer différemment, avec des arrangement, en rencontrant des gens, dans le but d'aller plus loin. Dans " Les créatures ", il y a une unité de lieu et de temps qui se trouve être un appartement que j'ai eu à Paris, et cela s'est constitué au fil du temps, un peu comme un journal intime.

Racines ?

Il y eu des déclics, oui : un oncle gauchiste qui me écouter un disque comme " Le pécheur " de Charlélie Couture, un truc qui me semblait un peu artisanal et qui m'a donné l'impression d'avoir affaire a une personne sur une bande magnétique. Avant, non. Je n'avais pas affaire a la musique. Les livres étaient plus important pour moi...

Bouquins ?

Je dirais Alain Fournier, Le grand Meaulnes est très important pour moi. Pour la déformation du réel, psychédélique , en fin de compte. D'autant qu'il m'a été apporté par des professeur. Parce que dans le classique, il y a aussi du surréalisme, de l'interdit, la subversion n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle arrive dans les règles du jeu. J'aime bien Apollinaire, par exemple Alcools, ou Max Jacob, le cornet a dés, que je relis souvent. En ce moment, je suis touché par les poètes de cette époque là, justement pour ce classicisme, cette technique qui leur permet d'avoir de la fantaisie.

Films cultes ?

C'est difficile pour moi de tenir une semaine sans voir un film. Je ne suis pas un cinéphile, mais certainement pas loin. J'ai des attaches particulières avec la Nouvelle Vague, avec Rossellini (Europe 51) ou Jean Vigo. L'Atalante, par exemple, est un film vers lequel je reviens souvent, comme la maman et la putain, un film assez controversé qui dégage une espèce de puissance, qui m'a appris beaucoup de chose.

Disques cultes ?

Il y en a un que je réécoute quasiment tout le mois, c'est le " Chelsea Girl " de Nico. C'est un disque auquel je suis très attaché, très cohérent, magnifique de bout en bout. J'y reviens tout le temps, c'est purement sentimental pour moi.

Internet ?

Je suis un peu hors du coup. Franchement fasciné et un peu circonspect. Je ne suis pas connecté, ce que je regrette parce que j'ai parfois besoin d'informations. Mais mon expérience me dit aussi que la frustration a du bon. Cela peut développer un imaginaire incroyable. J'ai l'impression que sur Internet, on peut connaître quasiment tout en appuyant sur les touche d'un clavier. Tout à portée de main (ce qui, a mon avis, est un leurre, mais bon) : il y a là quelque chose d'un peu naïf, de trop facile. On ressemble à des enfants gâtés, je trouve.

Demain ?

Quoi qu'il arrive, je continuerais a faire des disques, même si je dois les auto-produire, même si je dois me nourrir de baguette viennoise. C'est comme un fil que je déroule chaque jour, j'ai l'impression que je ne peux pas y échapper. En ce moment même, je pense déjà a un autre disque, d'ailleurs, j'en ai quasiment fini un autre. C'est inévitable.

City !

J'ai vécu pendant un an et demi a Paris pour la première fois. C'est vrai que ça a été des chocs : se promener la nuit dans une ville, c'est quelque chose de nouveau que je mets a peu près au même niveau que le fait d'être né en Vendée. Mais je ne voyagerai jamais pour faire des textes. Non, je crois qu'il faut vivre avant de faire des chansons. Je ne suis pas attaché à une ville plutôt qu'à une autre. En réalité, je ne trouve mon bonheur nulle part. Je me sens assez mal partout. Je sais que le paysage dans lequel j'ai grandi a de l'importance pour moi. J'ai besoin d'y retourner. Ce sont mes racines. Après, l'endroit où je vis, ca pourrait être ailleurs, ça importe assez peu en fait.

Nul !

Les certitudes, l'auto-contentement. C'est vrai que dans le monde d'aujourd'hui, je me sens agressé par ces sentiments là. Ce n'est pas quelque chose qui m'est complètement étranger mais c'est ce qui me révolte le plus.

Propos recueillis par Harry Underwood