En 1997, Philippe Katerine fait une tournée en Allemagne. C'est l'occasion pour lui de nous donner cette interview

Y'a-t-il quelque chose du genre " nouvelle vague " dans la musique Pop française ?

Il existe beaucoup de groupes qui ont commencé il y a quelques années à faire des enregistrements chez eux, sur quatres-pistes : Dominique A, Jean Bart... mais d'un point de vue musical, ils sont très différents. Le lien entre eux, c'est le manque d'argent pour un studio mais en revanche, l'envie de faire de la musique. Quand, donc, on parle du matériel et de la façon dont il est mis en ouvre, et que l'on voit qu'à partir d'un quatres-pistes naissent des morceaux excitants qui sont publié et qui trouvent leur public, alors oui, on peut bien parler d'un mouvement.

On découvre dans ta musique et celle des autres une tendance qui s'éloigne du pathos vers les clins d'oil. Est-ce un produit de " L'éducation anglaise " ?

Pas de " L'éducation anglaise ", mais un mélange de diverses influences. Brel et Gainsbourg en faisant tout autant parti que par exemple les " Pastels " ou " Jésus and Mary Chain ". Un mélange, une rencontre, un choc culturel de la chanson française et de l'esprit des années 60.

Qui avait-il avant Katerine ?

Je jouais dans des groupes ou on chantait anglais qui était influencés par les " Vaselines ". A cette époque, j'ai commencé à écrire mes propres chansons, et je jouais au foot le dimanche.

Est-ce que tu reste un phénomène "Underground" ?

Depuis mon dernier disque, les médias montrent un intérêt grandissant. Beaucoup de morceaux sont passé à la radio. J'ai été à la télévision. Le public grossit et je donne des concerts. Lors de mes entrées sur scènes, je remarque de plus en plus que beaucoup de gens connaissent déjà mes chansons, ça m'amuse !

Les concerts donnés par des groupes français en Allemagne sont assez rares.

Je trouve intéressant de me trouver ici, je connais à peine ce pays, même si j'ai déjà joué à Cologne (à l'Intercity, durant le festival PopKomm en 1996, NDLR). On apprend des trucs lors des tournées. Par exemple, les gens ici rient de façon différente par rapport aux français !

N'est-ce pas toi qui as importé en France l'humour anglais ?

Etienne Daho possède un " humour anglais " ou par exemple les " Stinky Toys ". L'humour anglais n'est plus tout à fait inconnu en France depuis les années 90.

Nous avons découvert ton nom sur la liste des morceaux de musique de site Internet de Momus.

Je suis un grand fan de Momus et d'él-records. J'ai eu l'occasion de rencontrer Momus et Louis-Philippe à Paris. Dans une compilation japonaise, il y a un morceau de moi à coté d'un morceau de Momus. J'en suis énormément fier !

Tu as un gros succès au Japon ?

Oui ! J'ai plus de succès au Japon qu'en France. Je ne peux pas l'expliquer vraiment, mais je pense qu'on y aime la musique très fidèle et très précise, comme une mécanique d'horlogerie, c'est pareil que dans la musique traditionnelle Japonaise. Je travaille de façon analogue : je mélange diverses choses avec un amour du détail. Peut-être est-ce là l'explication.

Le principe du pastiche et de la citation Pop à toujours bien marché au Japon.

C'est vrai. Toutefois, personnellement, je trouve ça de plus en plus difficile de citer des choses de façon concrète. Ma personnalité qui se diffuse dans les morceaux que je compose et faite de toutes les influences possibles venant des époques les plus diverses. A cela s'ajoutent sans doute des éléments qui sont bien en soi des citations. La plupart du temps, ce n'est qu'après que je me rends compte de l'origine d'une citation. Je ne cite jamais volontairement.

La vie est-elle une grande collection de disque ?

Oh oui ! Et elle augmente toujours ! Je dépense encore tout mon argent pour acheter des disques. En ce moment, j'achète beaucoup de Jazz et toutes sortes de choses des années 60

Fais-tu de la musique pour adultes ?

A mes concerts, il y a des gens de 12 à 30 ans, dont beaucoup d'étudiants.

Ta musique a été annoncée ici en Allemagne comme " Easy Listening "

Ca ne peut-être que l'idée des promoteurs allemands. En France, l'Easy Listening n'a pas été un grand truc. Bien sur, je n'aime pas être catalogué. D'autre part, j'aime Burt Bacharach, Carlos Jobim, mais j'aime aussi Elvis Presley, Erik Satie.

et Joe Dassin ?

Pas vraiment. Plutôt Debussy.

Dans un paysage dominé par la tradition de la chanson, il est inhabituel que le style domine sur le contenu textuel.

Mes textes sont très sérieux, même extrêmement sérieux. Je chante aussi sur le thème de la mort. J'attache une grande importance à ce que les choses aient leur place. J'essaye d'écrire des chansons qui flattent l'oreille. Peut-être avec une petite trouvaille qui entraîne les gens dans la pièce. Tant du point de vue forme que du point de vue fond, ça doit pouvoir bien se jouer ! Mais il ne faut pas, en l'occurrence devenir pénible.

Est-ce facile de trouver son public, même en dehors de Paris ?

Pour l'instant oui. Même dans les villes moins importantes, il y a du monde à mes concerts.

Le premier album a été enregistré sur 8 pistes, le deuxième sur 16, le nouveau sur 24.

Le prochain, je voudrais qu'il ne soit enregistré que sur une seule piste. Je vais louer une pièce dans un hôtel de passe à Paris et je prendrais mon magnétophone à cassettes. Alors, j'inviterais diverses chanteuses prometteuses et enregistrerais un morceau avec chacune. Si ce projet devait échouer, je pourrai toujours engager un orchestre symphonique.

Ta sour chante dans quelques-uns de tes morceaux.

Oui, mais elle ne peut pas venir aujourd'hui. Elle est restée à Berlin. Malheureusement elle ne peut que rarement se produire avec moi.

Quelle est la popularité de la ''chanson classique'' auprès de la jeunesse française ?

C'est difficile à dire. Surtout Gainsbourg est populaire en ce moment. Ses premiers disques sont redécouverts.

Propos recueillis par Olivier Fröschke

Traduction Allemand -> Français : Katerine Website